Defacing (Définition du Concept)

June 27, 2009By pablogtArt Texts, Blogt, Statement No Comments

Pablo Gonzalez-Trejo, Celeste, 46 x 38 cm, Técnica Mixta sobre tela, 2013

Defacing est né avec une simple idée, naturelle, de changer le passé pour avoir un autre futur, qui deviendra à son tour notre présent. Aussi impossible que cela puisse paraitre, cela me sembla poétique et faisable. Vivre dans le passé sans profiter du présent est une caractéristique de nombreux émigrants, et je voulais changer cet aspect de la condition de ma famille, de mon peuple et de tous ceux qui sont dans cette situation de limbe émotionnelle. Il me semblait normal quand j’ai commencé ce projet qu’en reconstruisant une image iconographique du passé, on puisse potentiellement changer le passé ou la perception de celui-ci et puis construire un autre avenir à partir de ce nouveau point de repère. Inviter les spectateurs à peindre avec la peinture sur mes dessins est un acte qui marque le présent pour redéfinir le futur. Defacing est un projet qui invite a expérimenter dans le présent, en étant conscient que le présent est bien relatif au passé.

Dans Stealing the Mona Lisa, Darian Leader expliqu’en 1911, lorsque la Mona Lisa a été volée, des milliers de personnes sont venues voir le mur vide, pour voir ce qui n’était plus là, ce que n’était plus possible de voir… Beaucoup ont fait de même au lendemain du 11 septembre 2001, avec des millions de visiteurs en tant que touriste de l’histoire pour prendre des photos du vide, pour garder un souvenir de ce qui n’était plus possible de voir … Nous voulons tous être dans le présent mais avec un lien vers le passé, et parfois plus attachés ou dépendants du passé.

L’exil choisi par rapport à l’exil nécessaire, la mémoire du lieu et la mémoire de la mémoire sont à la base de mon parcours ; au début j’étais un nomade que mon pays avez singulièrement craché et maintenant, cinq déplacements de longue durée plus tard, je suis un nomade culturel. Je profite de mon exil parisien pour focaliser et développer mon nouveau credo visuel dans le cadre d’une exposition à la Freedom Tower pour la communauté de Miami et pour les communautés du monde entier dans le futur. Mes nouvelles œuvres tissent des liens sociaux entre l’art et le spectateur et ne restent pas comme des objets d’art autonomes. Cette provocation qui semble au premier degré vous fera ressentir que le déplacement, dans le temps et l’espace, vaut l’exercice. Je vous propose de maculer mon oeuvre pour expérimenter l’art d’une façon psychique et physique en réagissant face au public qui vous regarde vous comporter comme un sauvage.

L’altermodernisme est défini par Nicolas Bourriaud, dans The Radicant. Il le décrit ainsi : “les vingt-cinq dernières années du XXe siècle furent un long épisode mélancolique. Les œuvres d’art se sont définies comme un après : après le mythe du progrès, l’utopie révolutionnaire, la défaite du colonialisme, les luttes d’émancipations politiques, sociales et sexuelles”. Il faut revenir au présent. Le terme altermodernisme suggère “une multitude d’alternatives à une voie unique. L’alterglobalisation définit la pluralité des oppositions locales à la standardisation économique, et donc la lutte pour la diversité”. Je me sens inscrit dans cette pensée. Mon parcours personnel a toujours été déconnecté du post-modernisme ; dans le monde globalisé d’aujourd’hui, j’ai l’intention de changer notre perception du présent avec l’expérimentation du Defacing. J’ai la volonté de changer notre perspective du futur avec une expérience artistique contemporaine.

Travailler le dessin aujourd’hui est une proposition d’intellectualisation et d’expérimentation brute. Le projet Defacing propose d’affronter des icônes de la mémoire collective et personnelle, de façon visuelle, mentale et physique. Il invite le spectateur à devenir acteur de l’œuvre elle-même. Ces icônes sont des portraits de personnes, de symboles ayant marqué l’histoire. Ces images ont une puissance symbolique créant un simulacre tel que le définit Jean Baudrillard comme étant cette « vérité qui cache le fait qu’il n’y en a aucune autre » et véhiculant autant de valeurs, d’histoire et de mémoires personnelles qu’un logo de marque commun à toute une nation. Une fois que la phase intellectuelle et de repérage visuel et historique est achevée, le spectateur est invité à laisser une marque sur l’idole déjà dessinée par l’artiste et à essayer d’effacer cette image. Dans ce projet, défacer est un acte non pas réprimé mais exigé. En défaçant, on construit une nouvelle œuvre d’art qui devient plus intéressante que le point de départ. En socialisant (little redbook & facebook) la création et la finalisation de la pièce d’art, on construit un nouveau chapitre dans le dicours de l’Esthétique relationnelle de Nicolas Bourriaud. Ce projet propose une anarchie rarement vue dans un Centre d’Art,  laissant les spectateurs / acteurs expérimenter et considérer l’œuvre d’un point de vue physique et psychologique.

Evolution naturelle
Je réalise ce type de grands formats dessinés au charbon depuis 1997. Le concept de mon travail repose sur la réflexion suivante : si ce que nous sommes se base sur les expériences que nous avons vécues, et les souvenirs de ces expériences mutant avec le temps, alors nous ne sommes qu’une métaphore de nous-mêmes. A partir de ce fil conducteur, chaque dessin a été soigneusement choisi pour représenter le passé, mon passé personnel tout d’abord et puis l’histoire collective les années suivantes.

Ces dessins ont été effectués avec du charbon et du fusain non fixé sur toile et auront pour destin de continuer à tomber lentement en descendant sur la surface de la toile et à disparaître progressivement.

Ce processus de disparition par manque de fixatif a évolué vers une nouvelle forme de disparition. C’est aujourd’hui le spectateur qui collabore à la disparition ou à la transformation de l’esthétique, en appliquant une peinture acrylique blanche. Cette nouvelle façon de transformer l’œuvre devient une évolution naturelle de mon travail d’art. Le concept de la disparition de la mémoire et de l’identité en évolution, est toujours central dans ce projet, mais avec une étendue universelle axée sur les expériences, les souvenirs, et l’identité des autres.

La fonction critique de ce projet, l’acte de défiguration et de défacement de l’œuvre d’art, sont en soi une métaphore : nous ne pouvons pas vraiment effacer le dessin réalisé au fusain ni nier l’histoire et ses conséquences, et peu importe que la peinture soit appliquée sur le charbon, le dessin initial reprend toujours le dessus. L’œuvre initiale de l’artiste peut être effacée mais il reste toujours une image iconoclaste présente qui peut être considérée comme une nouvelle œuvre d’art, ouvrant une nouvelle perspective à l’art contemporain.

En effet, ce projet de défiguration de l’art ou de désobéissance civile permet aux visiteurs d’exorciser certaines frustrations de leur passé. L’acte d’oblitération oblige les visiteurs à réfléchir sur leurs souvenirs, examiner quel rapport ils ont à leurs mémoires, et permet aussi une certaine libération de tension. Ce projet a pour objectif la réflexion visuelle sur le concept de l’impermanence de l’être, de l’œuvre d’art, de la disparition de la mémoire personnelle et collective. C’est également un questionnement visuel, physique et psychique sur l’identité en évolution.

Epreuves de Famille
En décembre 2007, j’ai fait un test avec ma famille sur deux toiles. Ma famille est cubaine et a quitté légalement le régime castriste en 1984 après cinq ans d’épuisantes démarches.

Les portraits de Castro et de Guevara ont été difficiles à réaliser. J’ai dû m’arrêter plusieurs fois et me poser cette question : « Que fais-je? Quelle est cette résistance à continuer ce travail ? »

J’ai invité ma famille à mon atelier sans la prévenir de l’imminent choc visuel. Ils étaient réticents et en colère envers moi car j’avais généré les images de ceux qu’ils considèrent comme « les diables ». Cependant, ils ont accepté ma proposition de participer à la performance. J’ai chronométré cinq membres de ma famille pendant 50 secondes représentant les 50 ans de la révolution cubaine. Ils ont effacé le plus rapidement possible la surface de perturbation et ils se sont sentis mieux et m’ont dit pouvoir exorciser les fantômes du passé. Ils ont transformé l’échec que ces images représentent en une sorte de thérapie artistique, voire une performance de revendication.

J’ai utilisé ma famille cubaine à Miami, à titre d’essai, pour avoir une idée de comment vont réagir les participants à des images qui pourraient susciter des souvenirs d’échecs culturels. Ils m’ont permis également de constater qu’une personne sans éducation artistique peut donner du sens et finaliser mon travail d’art en le transformant en une nouvelle pièce d’art, et en lui donnant une nouvelle fonction critique.

Etapes de réalisation
Première étape – Production

Ce projet comporte deux phases. La première est la production de toiles de grande envergure sur châssis. Il s’agit de portraits réalisés au fusain sur toile. Ils représentent des hommes politiques du monde entier, du passé et du présent, qui ont changé la vie de millions de personnes. Je planifie de faire des portraits de George W. Bush, Condoleezza Rice, Dick Cheney, Donald H. Rumsfeld, John D. Ashcroft, Hugo Chávez, François Duvalier, Mao Zedong, Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier, Fidel Castro, Adolf Hitler, Joseph Staline, Pol Pot, Kim Il – Sung, Kim Jong-il, Pervez Musharraf, Robert Mugabe, Benito Mussolini, entre autres.

Deuxième étape – Exposition et finition par les visiteurs
Suite à cette production de toiles, la seconde étape aura lieu sur place pendant l’exposition des dessins : les visiteurs seront invités à effacer les dessins, ils auront environ trente secondes pour défigurer l’œuvre d’art avec de la peinture acrylique blanche, en utilisant un pinceau fin. Ainsi, les participants vont métamorphoser et achever chaque œuvre que l’artiste a créée.

Résultats
Le projet Defacing présente une disposition osée, dans un espace d’art où le public est encouragé à interagir avec l’œuvre d’art d’une façon considérée comme négative et qui générera un résultat positif.
Il invite à une vraie interaction sociale entre la communauté artistique et le public. Il permet de s’interroger sur la valeur des œuvres d’art qui ne sont pas achevées ou entièrement réalisées par l’artiste, les rôles de l’art et de l’artiste, et celui des spectateurs devenus participants. À mon sens, les œuvres d’art dans leur état oblitéré sont plus significatives et attrayantes qu’à l’origine. L’interaction entre les icones des hommes politiques et le public est également une source de réflexion sur l’homme et son rapport à l’histoire contemporaine.

Futur
Le projet Defacing utilise les images des dictateurs et présidents du monde pour créer des icônes, reflets des différents groupes qui sont représentés dans les communautés d’une ville.
J’envisage de rendre ce concept itinérant dans des lieux tels que Miami, New York, Los Angeles, Paris, Barcelone, Kaboul, Jérusalem et Bagdad. Je pense que ce projet peut être utilisé pour souligner le rôle de l’art comme une arme puissante pour aider à comprendre les cultures et les communautés à travers le monde.

Not Welcome

June 27, 2009By pablogtArtists, Blogt, Recent Exhibitions 2 Comments
Pablo Gonzalez-Trejo, Che and Fidel, 79 x 118 inches, 200 x 300 cm, 2008, Charcoal and Acrylic on Canvas, after
Pablo Gonzalez-Trejo, Che and Fidel, 79 x 118 inches, 200 x 300 cm, 2008, Charcoal and Acrylic on Canvas, after

Please join us for an art exhibition performance on July 10th as part of the Defacing Art Project by Pablo Gonzalez-Trejo. Visitors will be invited to deface the artworks so to become iconoclasts making a new departure for the artworks.

Place: Freedom Tower – MDC Gallery
Opening Reception: Thursday, July 10th, 2009 at 6:30pm
Exhibition Runs until: Tuesday, August 30th, 2009
Address: 600 Biscayne Blvd, Miami, FL
Phone: 1 305 237 7186
Email: galleries@mdc.edu

Also read articles about the Defacing Art Project here:
(Fr) Defacing ou les strates de la mémoire
(Sp) Desdibujando identidades en el espacio y tiempo: proyecto Defacing
(En) The strength lies in surrendering: Defacing

Pablo-Gonzalez-Trejo,-Rafael-Trujillo,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Adolf-Hitler,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Pol-Pot,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Mao-Zedong,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Joseph-Stalin,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Jorge-Videla,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Hugo-Chávez,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-George-W.-Bush,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-François-Duvalier,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Francisco-Franco,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Fidel-Castro,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-CanvasPablo-Gonzalez-Trejo,-Augusto-Pinochet,-70-x-62-inches,-178-x-157-cm,-2009,-Charcoal-and-Graphite-on-Canvas

Martijn Hendrik

June 25, 2009By pablogtArtists, Blogt No Comments
Martijn Hendriks, In the black of this long night, 2008. Installation view. Attempt to organize Google Image Search results according to defacement tactics Jpeg slideshow transferred to DVD, projection, 15 min 20 secs loop.
Martijn Hendriks, In the black of this long night, 2008. Installation view. Attempt to organize Google Image Search results according to defacement tactics Jpeg slideshow transferred to DVD, projection, 15 min 20 secs loop.

Martijn Hendriks does some digital defacing and comes to you via Art Lurker

The Radicant & Stealing The Mona Lisa

June 21, 2009By pablogtArt Texts, Blogt No Comments
Taller_Buddha_of_Bamiyan
The Buddhas of Bamyan (Persian: بت های باميان - but hay-e bamiyaan) were two monumental statues of standing Buddhas carved into the side of a cliff in the Bamyan valley in the Hazarajat region of central Afghanistan, situated 230 km (143 miles) northwest of Kabul at an altitude of 2500 meters (8,202 ft). Built during the sixth century, the statues represented the classic blended style of Gandhara art. The main bodies were hewn directly from the sandstone cliffs, but details were modeled in mud mixed with straw, coated with stucco. This coating, practically all of which was worn away long ago, was painted to enhance the expressions of the faces, hands and folds of the robes; the larger one was painted carmine red and the smaller one was painted multiple colors.The lower parts of the statues' arms were constructed from the same mud-straw mix while supported on wooden armatures. It is believed that the upper parts of their faces were made from great wooden masks or casts. The rows of holes that can be seen in photographs were spaces that held wooden pegs which served to stabilize the outer stucco. They were intentionally dynamited and destroyed in 2001 by the Taliban, on orders from leader Mullah Mohammed Omar, after the Taliban government declared that they were "idols" (which are forbidden under Sharia law). International opinion strongly condemned the destruction of the Buddhas, which was viewed as an example of the intolerance of the Taliban and of fundamentalist Islam. Japan and Switzerland, among others, have pledged support for the rebuilding of the statues.

Somewhere between the The Radicant by Nicolas Bourriaud (page 16 here quoted) and Stealing the Mona Lisa by Darian Leader and his take on the public reaction to it being missing, I have confirmed my fears about the passive spectators of a museum gallery, they deface what they see even if they don’t know it, how they as an art appreciation collective imagine destruction and obliteration of artworks, why do spectators take so much pleasure at defacing? In 1911 when the Monalisa was stolen, millions came to see the empty wall, to see what was not seen… what was no longer possible to see… after that the Monalisa became an icon nobody will forget. Many did the same in the aftermath of 9/11 with millions visiting as tourist of history and taking pictures of ground zero as of to keep a memory of what was no longer possible to see… Is this a hidden desire of the humans to destroy inorder to conquer? I always wondered if people felt the same when the Taliban destroyed The Buddhas of Bamyan in Afghanistan, I wonder if tourist try to go there? We all want to be in the present but with a link to the past, and sometimes more attached to the relative. The concept of the radicant being a human that builds roots in many places and keeps building them to connect to the rest while experimenting with the limits of art… touches my deepest hidden hopes…

A number of authors and artists have already taken this step, though the novel space in which they are feeling their way has yet to be named. But at the heart of their practices are crucial principles on the basis of which a modernity could be reconstituted. Principles that may be enumerated: a focus on the present, experimentation, the relative, the fluid. The present, because the modern (“what belongs to its time,” for such is its historical definition) is a passion for the current, for today understood as seed and beginning—against conservative ideologies that would embalm it, against reactionary movements whose ideal is the restoration of this or that time past, but also, in a manner that distinguishes our modernity from preceding ones, against futurist prescriptions, teleological notions of all sorts, and the radicality that accompanies them. Experimentation, because being modern means daring to seize the occasion, the kairos. It means venturing, not resting contentedly with tradition, with existing formulas and categories; but seeking to clear new paths, to become a test pilot. To be equal to this risk, it is also necessary to call into question the solidity of things, to practice a generalized relativism, a critical comparatism unsparing of the most tenacious certainties, to perceive the institutional and ideological structures that surround us as circumstantial, historical, and changeable at will. “There are no facts,” wrote Nietzsche, “only interpretations.”06 This is why the modern favors the event over monumental order, the ephemeral over an eternity writ in stone; it is a defense of fluidity against omnipresent reification.07

06 FRIEDRICH NIETZSCHE, THE WILL TO POWER, TRANS. WALTER KAUFMANN (NEW YORK: VINTAGE BOOKS, 1968), 267 (481); TRANSLATION MODIFIED.

07 FOR A TRANSHISTORICAL ACCOUNT OF MODERNITY THAT EXPLORES THE IMPERATIVE TO “MAKE YOUR LIFE A WORK OF ART,” SEE THE AUTHOR’S FORMES DE WE: LART MODERNE ET L’ INVENTION DE SOI (PARIS, EDITIONS DENOEL, 1999).

Defacing ou les strates de la mémoire

June 8, 2009By pablogtArt Texts, Blogt No Comments

par Christina Vatsella

Defacing
Defacing

Le projet Defacing de Pablo Gonzalez-Trejo oscille entre la peinture et l’œuvre performative. Le projet se déroule en deux étapes distinctes. Dans un premier temps, l’artiste crée des portraits des gens qui ont marqué l’histoire, comme Che Guevara ou Fidel Castro, et dont l’image est inscrite dans la mémoire collective. Bien que le portrait soit un moyen de rendre l’image d’un personnage éternel, Gonzalez-Trejo crée ici des portraits précaires, condamnés à la dégradation progressive et à la disparition en utilisant du charbon sans fixatif. Les portraits de Gonzalez-Trejo vieillissent avec le temps comme les personnes représentées, ils deviennent progressivement fades et les caractéristiques des visages se rendent difficiles à distinguer, comme l’image d’un souvenir lointain. Cette déformation avec le temps rend ces portraits en œuvres in progress.

Après avoir dessiné les portraits, l’artiste invite les spectateurs à finaliser ses œuvres en ajoutant une deuxième couche. Les spectateurs ont à leur disposition quelques secondes pour essayer d’effacer les portraits en utilisant de la peinture blanche. L’artiste orchestre un véritable acte d’agression vis-à-vis de l’œuvre d’art en rendant les spectateurs complices à la défiguration des personnages. Les spectateurs sont ici invités à détruire, d’une certaine façon, ce que l’artiste a créé, un acte qui nous renvoie plutôt au vandalisme, restant loin de l’interaction habituelle dans le cadre de la condition muséale, à savoir, la contemplation des tableaux, toujours à distance et sans avoir le droit d’avoir quelconque contact physique avec eux.

L’œuvre s’inscrit dans la lignée des œuvres interactives et collaboratives, suivant la tradition de « l’art interactif », terme générique qui englobe toutes les formes plastiques qui visent à activer le spectateur. Il s’agit d’une démarche artistique qui apparaît dans les années 50, et qui reste omniprésente dans la pratique artistique contemporaine quoique le degré de la participation et la nature de l’implication du spectateur puisse varier considérablement.

Ayant des pinceaux et de la peinture, les spectateurs deviennent les collaborateurs de l’artiste à la création de l’œuvre. Par contre, il est difficile de considérer les spectateurs qui participent à cette finalisation des portraits comme des co-auteurs de l’œuvre ; l’artiste met en scène un cadre d’interaction préalablement défini en imposant des limites aux réactions imprévues. Les spectateurs-participants-complices ont un temps d’interaction très précis, en l’occurrence quelques secondes, et ils sont obligés d’utiliser les matériaux que l’artiste met à leur disposition à savoir, un pinceau très fin et de la peinture blanche acrylique. L’artiste demeure le maître de la situation bien que le résultat esthétique de chaque toile ayant subi l’intervention du public dépende du degré de l’agressivité de chaque spectateur.

La façon dont l’artiste orchestre la participation du public s’inspire de la tradition du Happening et du Fluxus. La partie performative du projet Defacing s’articule autour d’une partition d’artiste restant dans le sillage des certaines œuvres d’Allan Kaprow ; on pourrait citer, à titre d’exemple, Happenings in Six Parts où les indications données au public avaient des temps minutieusement fixés. Contrairement aux Happenings historiques ainsi qu’à la plupart des œuvres performatives, dans l’œuvre de Gonzalez Torres l’objectif de l’action du public est la création d’un objet d’art classique, à savoir, d’un tableau. Par contre, dans le cas des happenings ainsi que des œuvres performatives sollicitant la participation du spectateur, allant de Joseph Beuys jusqu’à Marina Abramovic, c’est l’événement-même qui se déroule grâce à la participation du public qui constitue l’objectif et l’aboutissement de l’œuvre, quoique, il y a souvent des produits dérivés sous forme de traces de l’action ou sous forme de documentation qui peuvent potentiellement acquérir le statut d’œuvre d’art.

Le résultat de l’action, l’œuvre finale, est un portrait fragmentaire. En premier plan, on voit une trame épaisse des lignes blanches couvrant le dessin. En second plan, on peut distinguer des traces d’une image bien cachée. Il n’y a que des fragments du portrait qui sont visibles ; un œil, des cheveux, une partie de la bouche. Ces fragments nous laissent deviner qu’il s’agissait d’un portrait. Les deux matériaux, le charbon et l’acrylique, racontent deux histoires parallèles, celle de l’artiste et celle du public, ils racontent la procédure de la création et celle de l’effacement, la mémoire et l’oubli.

L’action d’effacer le portrait d’une personne est un geste métaphorique ayant plusieurs niveaux de lecture. Cela ressemble à un acte d’exorcisme ; on supprime l’image pour que la personne ou son fantôme cesse d’exister. Cela peut être un acte de vengeance, surtout pour les spectateurs – participants dont les vies ont été atteintes, de façon directe ou indirecte, par les actes de ces personnages historiques. L’acte d’effacer un personnage légendaire peut être aussi une façon de « tuer le père », un effort de s’en débarrasser d’une figure emblématique afin de se construire ou de se réinventer. Cet acte violent vis-à-vis des personnages qui ont marqué l’histoire personnelle et collective évoque également le besoin d’oublier tout simplement, afin d’avancer sans la lourdeur du passé. Quoi qu’il en soit, le geste de détruire, d’une certaine façon, une œuvre d’art exposée au public, est une expérience artistique très marquante pour le visiteur d’une exposition.

L’œuvre traite de deux mécanismes de la mémoire, l’oubli passif et le refoulement volontaire. Dans un premier temps, l’artiste reproduit la démarche passive de la mémoire. Ses portraits précaires, faits au charbon sans fixatifs, se dégradent, mais très lentement. La mémoire persiste, nous ne pouvons pas oublier si vite que l’on aurait souhaité, c’est une démarche qui prend du temps. Le charbon s’efface progressivement mais il laisse toujours des traces. Les souvenirs ne peuvent jamais être complètement supprimés de la mémoire. La seconde étape de l’œuvre, qui correspond à la seconde étape de l’oubli, c’est le passage à l’acte. On efface les dessins, de la même façon qu’on décide de se débarrasser de l’histoire et les souvenirs qui nous hantent, de les refouler afin d’avancer.

Ajouter des couches de peinture blanche crée l’espace pour des nouvelles mémoires. Mais, hélas, il y aura toujours les traces des images précédentes, nous ne sommes pas capables d’effacer le passer, ni de repartir à zéro, ni de rendre notre conscience en tabula rasa. La société tout comme l’homme ne peut pas devenir amnésique. Les zones blanches prêtes à être investies par des nouvelles images s’intercalent entre les fragments, des images antérieures. En fin de compte, est-ce que l’œuvre est un travail d’exorcisation des fantômes, comme l’artiste le suggère, ou bien un effort de réconciliation, une épreuve visant à nous faire apprendre à vivre avec nos fantômes ?

Christina Vatsella, doctorante en histoire de l’art contemporain à Paris Sorbonne – Paris IV

Desdibujando identidades en el espacio y tiempo: proyecto Defacing

June 8, 2009By pablogtArt Texts, Blogt No Comments

por Cecília Rezende

Defacing
Defacing

El proyecto Defacing (desfigurar/deformar), del artista cubano Pablo González-Trejo, desvela nuevos horizontes para el arte contemporáneo al poner en jaque paradigmas sobre la producción y autoría de la obra de arte en plena emergencia de la cultura alter moderna – término creado por Nicolas Bourriaud para definir la nueva modernidad, surgida en la actual era globalizada.

Según Bourriaud, la idea de multiculturalismo e identidades culturales da lugar a un escenario criollo, pero a la vez globalizado, bien más extenso, en que las fronteras se mueven y se diluyen en velocidad cada vez más alta, permitiendo un intercambio de información en muchos lenguajes, simultáneamente y por híbridos canales de transmisión. Como una consecuencia natural de tal proceso, actualmente el arte experimenta nuevas formas de expresión y comunicación en un territorio cultural repleto de imágenes y signos que ya no se restringen a sus límites originales, siendo plenamente reconocidos en muchos lugares del mundo.

González-Trejo apuesta a por la capacidad de transmitir y percibir sentimientos a través de la representación visual de un imaginario tejido a través del tiempo, suyo y también colectivo, dando lugar a un dialogo entre el público y la obra, en que los discursos subjetivos coinciden en la formación de una nueva simbología para el arte y evolucionan hacia otras direcciones, revelándose, afirmándose y (des)construyéndose de formas cada vez más libres y autónomas.

El artista parte de la idea esencial de la representación visual de la memoria subjetiva para la concretización de su proyecto, fomentando una discusión abierta sobre el imaginario, personal y también colectivo, al proponer nuevas cuestiones bajo la premisa de interactividad. A través de una mirada íntima y a la vez pública, bien como afectiva y catártica, acerca de la noción de identidad -sea ella personal, ideológica o cultural-, el artista estimula el debate público acerca de las funciones sociales, políticas, estéticas y psíquicas de la producción artística, además de cuestionar la propia idea de autoría al proponer otras formas posibles de diálogo entre el artista y el espectador.

Defacing se compone de una serie de dibujos hechos en carbón vegetal que, cuando expuestos por primera vez, son desfigurados/borrados con pintura acrílica de color blanco por alguien a quien podemos llamar defacer (en una traducción libre, desfigurador o deformador), presente entre el público.

El objetivo artístico del proyecto es cambiar la perspectiva del público frente a la obra presentada en el espacio físico de la exposición. González-Trejo convoca al público a reaccionar sobre lo que ve, y la intención se concretiza justamente a partir de este intercambio. Obviamente, el defacer puede percibir la expectativa presente en las miradas ajenas durante los sesenta segundos de que dispone para desdibujar la obra, y que ejercen significativa influencia sobre la manera como él responde a lo que se le presenta, además de moderar la intensidad de su reacción.

Lo que ocurre es la colectivización del proceso artístico, convirtiéndolo en algo libertador. Un gesto antes de todo catártico, en que uno interviene públicamente, y no apenas sobre una obra de arte en su sentido institucional, sino también sobre una imagen reconocible por el defacer y que de alguna manera lo conmueve, sea estética, psíquica o físicamente.

Para retratar a los amigos, el artista recurrió a sus impresiones subjetivas sobre cada uno de ellos, así como al vasto repertorio de sus propias memorias, históricas y afectivas. Partes integrantes, en fin, de un referente visual y emocional particular. Hay algo de lisonjero pero también de desafiador en la intención de González-Trejo de exponer literalmente a algunos de sus entes queridos, al mismo tiempo en que los invita a reaccionar de manera casi iconoclasta sobre su propia imagen, bajo la mirada atenta de otros. El aprecio esencial en la relación entre el artista y el defacer trasparece en el resultado final de la obra, investida de un espíritu de benevolente parcialidad- característica de la amistad por definición. Un intento que se encuentra originalmente circunscrito en la esfera del afecto, y que ha resultado, según González-Trejo, en una placentera experiencia.

Desdibujar dictadores, entretanto, ocurrió sobre fundamentos un poco diferentes. Por si solos, los rostros de gente como George W. Bush, Adolf Hitler, Fidel Castro, Condoleezza Rice, Donald H. Rumsfeld, Hugo Chávez y Robert Mugabe, entre muchos otros déspotas, dispensan presentaciones: se han consagrado en la historia humana como íconos visuales, reconocibles por millones de personas, no solo por los daños inflingido a sus propios compatriotas, sino también por la arbitrariedad de su hechos y violencia contra otros pueblos, culturas, ideologías y religiones. Cabe aquí afirmar que, en un imaginario colectivo, estas caras personifican a la maldad. Su mera visión ocasiona un involuntario rescate de memorias traumáticas y dolorosas desde los escombros de su propia historia personal; recuerdos que, bajo condiciones específicas, desencadenan un espontáneo proceso de catarsis personal y/o colectiva, digno de una verdadera obra de arte.

En Defacing, los retratos se forman y se nutren no apenas de la memoria del artista, sino de muchas otras memorias. Visuales, emocionales y físicas, construidas a partir de experiencias personales y cada cual relacionada a un imaginario único. El resultado del proyecto, lejos de una obra encerrada, refleja un inesperado y voluntario dialogo, en que ambas extremidades permanecen abiertas.

Así como las fronteras de nuestros mundos interiores avanzan o se retraen según un constante proceso de redelineación, nunca llegamos a formar nuestras identidades como algo macizo y bien definido. Lo que somos y la materia de que estamos hechos sigue evolucionando constantemente, según dónde, cuando, con quién y como vivimos. Tal como sugiere González-Trejo, somos más una metáfora de nosotros que nosotros mismos.

The strength lies in surrendering: Defacing

June 7, 2009By pablogtArt Texts, Blogt No Comments

by Caroline Rossiter

Defacing
Defacing

The strength lies in surrendering: Gonzalez-Trejo’s Defacing reveals an artist’s capacity to submit his work to the hand of others. Following the production of a series of portrait drawings, rendered on a large scale in charcoal, gallery visitors are invited to deface these portraits, the result being a highly-charged performance of cathartic destruction. But Gonzalez-Trejo never loses sight of the finished material result. The portraits retain elements of their original characteristics due to the nature of the material; they also carry the traces of the performance and bear the marks of the emotional intervention of an audience provoked. Whether inviting his Cuban family to erase the well-known traits of Che Guevara and Fidel Castro, or his friends to confront their own portraits, the process of Defacing is far from arbitrary. The gesture is iconoclastic rather than destructive, attacking institutionalized images of public figures, or the image of oneself in the case of Portraits of Friends.

For Gonzalez-Trejo, the notion of interactivity is equally important as defacing. The project is not an overtly political gesture; but perhaps the artist’s background influences his choice of approach, the socially conscious element of the work a resurgence of his Cuban heritage. Gonzalez-Trejo talks of a 21st century notion of socialism: participation and interaction, the likes of which are characteristic of our digital age. Internet users are comfortable having a public digital profile, and can react to online material in the vast intangible reaches of internet space; Defacing is a brave move that brings this opportunity to interact in the real physical space of a gallery.

Participants do not have complete freedom in defacing the portraits; they use the medium provided (white acrylic) in the framework of the exhibition. Thus the participants are not anonymously destructive, but implicated contributors to the artistic process. The defacer is conscious of being seen, and therefore a full participant in dialogue with the artist and the audience. This collective approach evokes the work of another Cuban artist: Felix Gonzalez-Torres. Gonzalez-Torres’s work confronts different issues, not least his struggle with AIDS and his contemplations on the process of dying, but what likens Gonzalez-Trejo’s work to his is the notion of participation. Felix Gonzalez-Torres’s candy installations (included in his posthumous show at the Venice Biennale in 2007) are made up of individually wrapped candies, which the audience are invited to take away with them. The candies are constantly replenished so the work is being continually recreated and evolving in and beyond the gallery space. Echoing these installations, Defacing is about the continuing, collaborative evolution of an artwork.

Defacing or appropriating existing imagery lies at the heart of numerous contemporary art practices. Whether as graffiti, a genre which has risen from the street to the auction house through Banksy’s work, or borrowing motifs from the canon of art history as a support for subversive visual gestures, such as Duchamp’s L.H.O.O.Q., or more recently the Chapman brothers’ vandalism of a set of Goya etchings, defacing has carved itself a space. In many instances, however, it is the artist who has the last word. The artist defaces, but his work is consequently untouched, it is protected in galleries and museums. Take the example of Duchamp’s Fountain. The original subversive gesture of presenting a urinal as a work of art is now admired in solemn institutionalized settings – what started out as a fingers-up to institutional art is now given its place in the privileged canon of 20th century art. When Chinese performance artists Yuan Chai and Jian Jun Xi attempted to use Fountain for its original purpose at the Tate Modern in 2000 they were swiftly escorted from the premises and banned from returning. Duchamp’s provocative work does not evolve, it is preserved in the state the artist left it. Similarly, the Chapman brothers deface Goya’s work but the defacing process ends there.

This is where Defacing differs: it brings the authorship of the artist into question. Instead of adding the finishing touches and a signature, Gonzalez-Trejo relies on the interaction of his participants; he is the author of the project, whose outcome he cannot completely predict. Instead of claiming authorship of something he has defaced, he leaves his work to be defaced and to evolve beyond his control. This disorientation of artistic norms is in itself an important element of the performance. Not only are participants asked to react to provocative or intimate representations, they are also called on to publicly deface an artist’s work. This could explain why the participants of Defacing often begin by erasing the eyes of their portraits. The most expressive element of a portrait, the eyes are often the first to be attacked during these performances. Once the gaze of the portrait is obstructed, the defacer feels at liberty to continue their work unobserved. Of course the artist is still present during the performance, and the blinding of his – and in some cases their own – portraits does not hinder his own observation of the process, but there seems to be an element of self-consciousness at the beginning of the defacing process, engaging the taboo in disfiguring an artist’s work.

This, and the fact that the original portraits depict figures well-known to the defacers, creates a moment of great intensity, in which the participants’ freedom to deface meets the gaze of the artist and public. The performance is one of social interaction: it becomes a conversation. The original drawings are not destroyed. They evolve.

Stefano Arienti

June 2, 2009By pablogtArt Texts, Artists, Blogt No Comments
Stefano Arienti, Marilyn, 1993
Stefano Arienti, Marilyn, 1993

In an article about Giò Marconi fabulous gallery space and artists, I read these lines on Stefano Arienti defacing a portrait of Marilyn Monroe with a eraser, it facinated me and I had to share it:

“A magnificent Marilyn poster is violated by Stefano Arienti’s eraser, defacing her features and leaving her monstrous.” Read article here